Liban, notre récit 1 - 2

E-mail du 27/12/03-BEYROUTH,LE 26 DECEMBRE 2003

DAMAS-BEYROUTH

En quittant Damas nous étions loin de nous douter de ce qui nous attendait. Tant par la route que par les rencontres à venir. Quand nous nous lançons depuis la sortie de la ville, devant nous ce ne sont "que"130 kilomètres qui nous séparent de la capitale libanaise. Sur une carte, cela représente à peine quelques centimètres…

Vu l'état des routes, en deux ou trois heures, c'est faisable…en voiture. A pied, nous nous sommes donnés cinq ou six jours car il paraît que ça grimpe. On ne peut pas se tromper, c'est toujours tout droit. Nous suivons donc la route, salués par les habitants toujours surpris de voir des hommes marcher. Avec des sacs à dos qui plus est! Les fourgons, taxis et autres bus nous klaxonnent, car il n'est pas " normal " de voyager de cette manière. La météo n'est plus aussi clémente qu'en Terre Sainte, mais venant de France nous avons connu pire. Ici et là, on nous questionne et parfois, nous avons du mal à persuader nos interlocuteurs que nous nous rendons bien en Espagne à pied.
Une fois, ce sont des soldats qui stoppent leur jeep pour nous offrir des pâtisseries locales. Ou un boulanger qui nous offre une de ses préparations pour nous redonner des forces. Bref, tout au long de notre route des mains se tendent vers nous. Et nous accompagnent. Parfois c'est la pluie qui se joint à nous et nous n'avons pas d'autre choix que de composer avec.
Pas à pas, nous raccourcissons ces centimètres sur la carte qui se dessinent devant nous à grandeur réelle. Des montagnes, même petites, ont un aspect différent quand il faut les franchir en marchant. Et quand elles s'enchaînent, il faut s'armer de patience pour pouvoir se dire plus tard que ce n'était pas si terrible que ça. Demander les distances aux gens est devenu un exercice périlleux. Rares sont les personnes qui ont une notion de la distance, tant il est rare de circuler à pied. En tout cas, que ce soit Ibrahim et sa famille kurde en Syrie, ou ces soeurs du couvent de Saint Charbel au Liban, nous trouvons toujours, de jour comme de nuit, des âmes charitables et sensibles à notre projet.
Avec ce soutien et notre motivation, nous nous retrouvons aux portes de Beyrouth avec deux jours d'avance sur notre calendrier. Après 100km en deux jours, nous faisons halte à sept kilomètres de la capitale. Ce qui nous permet d'y pénétrer après une très courte étape.
Emile Issa, un jeune étudiant de 19 ans de l'Université de Saint Joseph prendra la peine de s'arrêter et ce sera le début d'un enchaînement, non plus de montagnes ou de difficultés, mais au contraire, de belles rencontres. De collèges en lycées, via des universités, le Liban apporte un souffle nouveau à notre marche, qui en Syrie avait un peu manqué d'air…

Avec des jeunes, des encadrants et une presse très enthousiastes par notre projet, la consécration pour nous prendra l'apparence d'un rêve que nous avions depuis notre départ. Une trentaine de jeunes du " Collège Notre Dame de Jamhour " à qui nous avons présenté notre marche, ont accepté suite à une proposition de Nagy, " Directeur des Relations Internationales " de cet établissement - et intéressé par un rapprochement avec le L.E.P Jean Macé de Fameck -, de venir marcher à nos côtés lors de notre départ de Beyrouth pour Byblos, où un rendez-vous est pris avec un autre collège. Se joindront à eux des étudiants de l'Université Saint Joseph, comme Emile, Julien et Marwan, qui sont nos anges gardiens et managers depuis notre arrivée. Ainsi que des personnes que nous rencontrons chaque jour et que nous convions à ce rassemblement, qui se veut symbole de paix, de liberté, d'amour et d'union.

Que cela se réalise dans un pays déchiré par plus d'une décennie de guerres fratricides, est un symbole supplémentaire à nos yeux. Au Liban, nous entendons dire beaucoup de bien de la France. Marcher aux côtés de ces Libanais donnera tout son sens à la relation liant ces deux pays…

Richard et Mahdi