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E-mail du 10/10/03: Shalom, Salam, Salut, Hi, Hello, etc...
Nous sommes de nouveau à Jérusalem. Ici tout va bien, le principal soucis étant de ne pas tomber dans le piège de prendre parti pour qui que ce soit. J'ignore ce que cela peut vouloir dire pour vous, mais sachez que la situation est tout, sauf simple à comprendre. Rester neutre est une priorité. Chaque parole prononcée avec des gens d'ici doit être pesée, donner son opinion à voix haute n'est pas forcément une bonne idée. Après avoir eu une vision de Tel Aviv où tout a l'air sympa, on découvre une autre dimension ici, à Jérusalem. Mais qui n'est en rien comparable avec ce que nous avons eu "la chance" ou "malchance" de découvrir hier en nous rendant à Bethleem. En territoire Palestinien, on est dans une autre dimension! Quand on dit à Kathy de ne pas se faire de film sur Jérusalem, c'est que nous nous en sommes faits. Et la réalité est tout autre! A ce jour, nous n'avons qu'une envie, celle de quitter Jérusalem. Au plus vite! Mais nous sommes conscients qu'il faut du temps pour digérer cette ville. Étant amenés à y revenir, après notre saut en Jordanie, nous aurons peut-être une autre vision. Bethleem a été un choc pour tous les deux, et ce dans tous les sens du terme. Passer un "Check-Point" - Point de contrôle militaire israélien -, est un exercice de style auquel le commun des mortels ne peut pas toujours se risquer. Chaque jour les règles du "jeu" si l'on peut dire, sont différentes.C'est selon l'actualité: hier une kamikaze s'est faite exploser à l'un de ces "Check- Point", donc une tension supplémentaire pour les soldats en poste. Ces dits soldats (hommes et femmes confondus), étant des êtres humains, même très armés, ils ont donc leur humeur. Celle-ci étant très changeante, c'est donc la population la première à en faire les frais. Une centaine de mètres après un de ces "Check-Point", Richard et moi sommes entrés dans un monde qui nous était jusqu'alors inconnu! Un no man's land, c'est peu dire car ce n'est plus un pays. C'est une zone morte, avec le décor s'y attachant: barbelés, tranchées et surtout peu d'âmes qui vivent. Il y a trois ans, cette même rue désertique demandait trois minutes pour être traversée selon les dires d'un propriétaire d'un snack où nous nous sommes posés. Et on ne peut s'empêcher de se demander comment ce type peut encore se lever et ouvrir son commerce. De surcroît, l'homme est très bien habillé, son snack très bien entretenu, preuve que le respect pour lui-même et pour les touristes épisodiques sont intacts. Difficile de ne pas pleurer devant tant d'injustice... Notre contact, Ayman,nous en dira plus en nous récupérant à ce snack. Là encore, rester neutre relève de la gageure. Comment ne pas être sensible à ce qui nous est dit, quand tout autour de nous se fait l'écho de ces paroles. Pourtant, Ayman ne crie pas, bien au contraire. Il nous raconte "sa version", sa vie, quoi. Même dans sa voix douce, s'exprimant dans un Français parfait, il n'y a rien qui laisse transparaître un quelconque sentiment d'animosité. Comment fait-il? Dieu seul le sait. En tout cas, Ayman est d'une gentillesse incroyable et d'une efficacité redoutable, heureusement que cet homme oeuvre pour la paix ! Quelques minutes à peine lui suffiront pour qu'il réalise notre rêve de marcheurs. On rencontre le directeur de l'école mitoyenne au "Centre de Tourisme Alternatif" où travaille Ayman. Monsieur Odeh est très sympa, ouvert, et dans la foulée nous met en relation avec une classe de jeunes de 15-16 ans. Accompagnés d'une prof d'anglais, ils nous font revivre des moments déjà vécus lors de rencontres avec d'autres jeunes avant notre départ. Tout y est, l'accueil, l'attention, la chaleur, la lueur dans leurs yeux. Ils sont vivants, et c'est formidable étant donné le contexte! Des questions sont posées et comme en France, certains demanderont à porter notre sac pour avoir une idée de son poids. Bien sûr, la photo traditionnelle a été prise et c'est sous des applaudissements accompagnés de visages illuminés que nous quittons ceux qui sont nos premiers compagnons de route ici, en terre dite sacrée. Richard et moi sommes d'accord - ça nous arrive! - pour vous dire, sans vouloir faire de politique, que c'est une chance pour ne pas dire un don du ciel que notre première école soit en territoire palestinien. Symboliquement, pour nous c'est énorme. Voilà aussi pourquoi il est impératif de voir apparaître la Palestine sur la carte représentant notre trajet sur le site Internet. Comment ne pas y avoir pensé par nous-mêmes! De retour à Jérusalem, nous repassons par le "Check-Point" de ce matin et... et on nous rappelle l'importance de rester objectifs et neutres. Deux jeunes filles en treillis et mitraillettes en bandoulière s'occupent de contrôler les papiers des piétons présents. Tout est "normal" jusqu'au tour de deux dames devant nous avec leurs deux enfants. Elles se voient refuser le passage, malgré leur motif, elles se rendent à l`hôpital, et les radios médicales de leurs enfants. Donc demi-tour pour eux. A nous. Et c'est un sourire d'une des deux jeunes militaires, présente le matin, qui nous donne l'autorisation de passer. Et comme lors de notre passage dans la matinée on ne nous demandera ni nos papiers, ni d'ouvrir nos sacs qui sont énormes. On devrait s'estimer heureux, mais en tant qu'Homme on ne peut qu'être révoltés devant ce qui nous semble être de l`injustice. Richard en jettera son bâton... de rage. Une fois chez nos hôtes, les formidables surs Bénédictines, nous retrouvons Mère Christine qui nous raconte leur passage d'un "Check-Point'... par-dessus les barbelés! Mais comme lors de notre arrivée chez elles, elle nous remettra les pendules à l'heure. De par son discours et celui de ses consoeurs, il est possible pour nous de contrôler nos "pulsions". Rappelez-vous, rester neutre. Tel est son discours et j'espère que l'on quittera Israël avec toujours cette idée en tête. Même une fois rentrés en France. Surtout une fois rentrés! Message de Richard:"Je suis heureux de vivre ce que nous vivons ensemble Mahdi et moi, même si la réalité nous impose de n'avoir aucun a priori. Merci de tous vos messages de soutien, ils réchauffent nos coeurs et nous portent pour les kilomètres à venir. Je vous aime tous pour tout ce que vous m'avez apporté, je vous embrasse tous bien affectueusement."Richard. Message de Mahdi:"Pour Serge: Je pense souvent au jeune de la braderie avec qui tu as longuement discuté. Je prie pour qu'aucun de nos jeunes manipulés ne mettent les pieds ici...les explosions seraient monnaie courante. Je suis moi-même en train d'exploser intérieurement .Et je me répète souvent:"Qui est le plus à plaindre? Le jeune Palestinien dans la misère que j'ai pu voir...ou Elijah le Juif au visage resplendissant et très gentil qui, comme certains, se sent rassuré par le revolver qu'il porte à la ceinture? Ici j'apprends à dire encore et encore "Je ne sais pas". Je suis conscient d'être un privilégié en tant que compagnon de Richard et je compte sur vous pour continuer à nous rappeler qu'ailleurs la vie est différente. Pour le moment une chose m'importe, ne pas perdre mon âme ici à.... Jérusalem. Paradoxe pas très facile à saisir. Je vous embrasse et vous aime très fort. Merci du fond du coeur!"Mahdi . |