Pris par le temps…

Salut,

J’ai horreur d’écrire des articles à la va-vite, mais là je n’ai vraiment pas le choix…

Voici quelques nouvelles vite fait car le cyber va fermer :
– hier, mal réveillé je n’ai pas suivi le parcours préconisé par le topo-guide (32,9 kms). Au lieu de ça, j’ai pris le chemin officiel et me suis tapé… au moins 44 kms. Une tuerie !
– j’ai toujours hyper mal aux pieds et ne sais toujours pas si il me faut encore du temps pour m’habituer, ou si les nouvelles chaussures ne me conviennent pas. En arrivant à Vercelli tout à l’heure, j’ai failli craquer et entrer chez Décathlon m’acheter des Columbia (je n’ai jamais eu besoin de rodage avec cette marque !). Mais je dois attendre encore un peu.
– hier, trop claqué pour rédiger un article… je n’ai pas vu le PC mis à notre disposition dans le local de l’asscociation. Dommage, j’ai mis plusieurs heures à m’endormir (trop mal, et surtout, je me suis fait mitraillé par des p****** de moustiques. J’ai d’énormes impacts partout. Certains m’ont piqué à travers le tee-shirt… ce qui explique le mot grossier que j’emploie. Ils m’ont littéralement pourri ma journée.
– ce soir, pas le temps non plus d’alimenter le Blog. J’ai rechargé ma carte sim italienne, je vais voir ce que ça va donner

Je vais faire étape dans des tout petits villages sans connexion, donc impossible de savoir quand je reposterai.

Sur ce, je vous embrasse et vous donne rendez-vous à dès que possible.

Mahdi du Camino

PS : la montagne me manque déjà énormément…

PS 2 : vraiment désolé pour le format de cet article. Je l’ai aussi rédigé pour rassurer certaines personnes.

Publié dans Tous les articles | 4 commentaires

Nouveau départ

Salut !

 

Nouvelles chaussures

 

« Si vous continuez à marcher avec ces chaussures, vous ne pourrez plus marcher du tout ! ».

Ma journée commence par cette phrase de la propriétaire de l’hôtel où je couche, à Pont St Martin. Je sais qu’elle n’a pas tort, hélas. Je décide donc de me rendre à Ivrea, comme prévu, mais en passant par la route. Le cas échéant je pourrai même marcher un peu avec mes tongs. Je prends donc congé de ma proprio très sympathique, qui a été la première à m’appliquer le tarif du guide. Ce que je ne manque pas de lui souligner. Et me revoilà en bord de route non aménagée pour les piétons. C’est reparti pour les flots de voitures, les conducteurs surpris de me voir, les coups de volant intempestifs, et les inconscients dépassant à grande vitesse malgré la ligne blanche continue. J’ai la pression et la peur de provoquer un accident malgré moi. Mais je n’ai pas le choix. Pas question d’aller crapahuter dans la montagne avec mes pieds aussi douloureux. Il faut que je tienne jusqu’à Ivrea, où on m’a assuré que je trouverai une boutique de sport. J’en ai pour une quinzaine de kilomètres de béton. J’avance tant bien que mal, m’arrêtant régulièrement, et longuement.

Après deux heures de souffrance, le miracle a lieu ! Un magasin de sport en bord de route ! Ivrea est encore loin, je suis aux anges ! Quand j’entre dans la boutique, je comprends de suite qu’il va être difficile de trouver un prix à deux chiffres avant la virgule. Pas question de mettre 150 euros dans des chaussures achetées dans ces conditions. La vendeuse occupée, j’en profite pour regarder. Ça fait mal niveau tarifs. Très mal. sSoudain mon regard est attiré par une affichette annonçant 50 % de réduction… voilà qui est intéressant. Un seul modèle pour homme est disponible. Il me plaît bien. Reste à voir la taille… et le prix. Là encore, coup de bol ! Il y a deux pointures et l’une me va. En plus, elles sont en Gore Tex (imperméabilisé). Les miennes ne l’étaient pas. La vendeuse fait ses calculs et m’annonce 79 euros. Yessss ! J’avais payé les miennes 70 euros (cher pour deux petites semaines d’existence ! 😉 ). Je repars avec mes nouvelles chaussures aux pieds. Jetant les anciennes avec un gros regret. Ce qui s’est passé me semble encore tellement bête.

A peine sortie, je me rends compte qu’en face de moi j’ai la dernière montagne. Je suis bientôt hors de la vallée. Cinq cents mètres plus loin je quitte la route pour retrouver le balisage… qui a changé. J’espère qu’il sera moins discret que l’ancien !

Retour sur La Via Francigena. Retour à la nature ! Les insectes, les fleurs, les cours d’eau. Je retrouve tout et surtout, le moral. Ça change tout. Bien sûr, j’ai encore mal aux pieds, mais je peux identifier ces douleurs. Je sais que ce sont les deux grosses ampoules qui « mûrissent ». Très vite je reprends un bon rythme et parviens à l’entrée d’Ivrea en trois heures. Après m’être régalé de nature. C’est justement à l’entrée de la ville qu’un monsieur m’accoste. Il est membre de l’association de « La Via Francigena » d’Ivrea. On discute, il me donne des infos et me souhaite bonne route. Ce qui était drôle c’est qu’il transpirait énormément et s’essuyait régulièrement le front. Des gouttes de sueur échappaient à son attention et s’écrasaient sur le plan qu’il me montrait. Il faisait très chaud. Moi, en pleine marche, chargée comme une bourrique, j’avais le front presque sec. 😉

Le monsieur m’a orienté vers le club de canöe qui possède un dortoir. Mais j’ai besoin d’être seul, et opte pour les Salésiens. Ce fut la croix et la bannière pour contacter le gardien, mais j’y suis arrivé. La persévérance valait la peine en entrant dans ma chambre.

Pour la première fois depuis mon départ, je suis allé boire un coup avant de chercher où dormier. Et pour la première fois aussi, je suis ressorti (en tongs) pour me promener en ville. La soiréee est douce, je suis sur un banc de la place principale et je… vous offre cet article. 😉

Je rends hommage à mes anciennes chaussures que j’appréciais vraiment. Elles m’ont bien rendu service. Bienvenue aux nouvelles, qui je l’espère, m’amèneront à destination. Nouvelles chaussures, nouvelles balises, nouveau départ !

A bientôt !

Mahdi du Camino

Publié dans Tous les articles | 12 commentaires

Mieux vaut en rire…

Salut !

 

Pont St Martin-Ivrea

 

Cette nuit j’ai fait un curieux cauchemar. J’étais avec plusieurs membres de ma famille, dont mon père décédé il y a près d’un an. Je ne me souviens pas de tous les détails, mais il me semble que nous étions à l’hôpital. Où j’étais soigné pour un gros problème au pied droit.

Sur le dessus, j’avais deux énormes plaques noires. Etait-ce du sang coagulé ? De la gangrène ? Je l’ignore. Toujours est-il que je me suis réveillé avec cette image bizarre en tête…

L’étape du jour ne présentant a priori rien de particulier, j’ai pris mon temps ce matin. Je me suis douché et préparé tranquillement. Dehors, le ciel est plutôt dégagé. Je me dis qu’en traînant un peu, ça laissera le temps au soleil de chauffer un peu l’air.

Mon sac est prêt. Tout est bien rangé, je n’ai rien oublié. Il ne me reste plus qu’à mettre mes chaussures. Et là, très mauvaise surprise. J’ai tout de suite la désagréable sensation qu’elles me serrent plus anormalement. Les lacets ont été défaits. J’ai l’habitude de ne pas trop serrer mes chaussures et de les enlever sans jamais les délacer. Les puristes vont faire des bonds ! 😉

Je me dis que c’est normal. Mais très vite j’en conclus que la veille, plutôt que de les mettre près du radiateur comme elle me l’avait proposé, la dame de l’auberge les a passées au sèche-linge avec mes habits.  Et je m’en veux de ne pas l’avoir mise en garde…

Après avoir déjeuner et remercier mes hôtes, sans bien sûr faire d’allusion à mes chaussures, je reprends la route en espérant qu’elles vont s’élargir. Mais très vite je constate l’inverse. Je n’ai pas mal « comme d’habitude ». Et les deux grosses ampoules naissantes n’arrangent rien. Je sens mes pieds comprimés, mes orteils les uns sur les autres. Dans les descentes raides, je m’attends à voir surgir mes deux gros orteils ! Ça pique devant, derrière, à droite, à gauche. Ma voûte plantaire, qui s’était un peu fait oublier hier, redonne de la « voix ». Je commence à me demander si mon sang circule correctement… je me souviens alors de mon cauchemar. Ce qui ne me rassure guère… 😉

Il fait beau et chaud. Juste comme j’aime. Les paysages sont superbes. Mais ma tête est ailleurs. Au fur et à mesure des kilomètres, c’est comme si j’avais deux boules de feu à la place des pieds. Je ne sais même plus de quoi j’ai mal. Ma sciatique réveillée en même temps que moi ce matin se fait voler la vedette. Eclipse totale ! Elle ne fait pas le poids, là.

Toute mon attention est portée sur mes pieds. Plus rien n’a d’importance désormais. Et comme je le pensais, bien que les balises m’aient encore fait tourner en bourrique, je finis rapidement l’étape. Arrivé à l’hôtel, j’ai la chance de tomber sur une dame sympa et parlant très bien le français. La pauvre s’est tordu le pied la veille. J’insiste pour qu’elle ne m’accompagne jusqu’à ma chambre située au deuxiême étage. Elle apprécie. Entre estropiés, faut bien s’entraider, me dis-je. 😉

Ce n’est qu’une fois dans ma chambre que je peux enfin (!) retirer ces chaussures qu’hier encore j’adorais.  Dix minutes plus tard mes pieds vont beaucoup mieux. La messe est dite.

Souhaitant aller manger un morceau en soirèe, j’ai fait un petit test : j’ai vraiment bien desserré les lacets et mis mes chaussettes plus fines. Arrivé à la pizzeria située à quelques 500 mètres, j’avais de nouveau les pieds sur le bûcher. Le patron du restaurant et son énorme pizza me remonteront bien le moral. Quant à mon problème, je vais voir comment le résoudre.

J’ai repensé plusieurs fois à la merveilleuse journée d’hier. A l’accueil très chaleureux de Verrès et une phrase me revenait régulièrement à l’esprit : « L’enfer est pavé de bonnes intentions. ». Mieux vaut en rire… 😉

A bientôt !

Mahdi du Camino

Publié dans Tous les articles | 4 commentaires

Les molécules d’eau…

Salut ! Chatillon-VerresInfo : Il y a une erreur sur la photo. Le départ se fait de Châtillon.

 

Ça fait bizarre de passer une nuit normale. J’ai dû m’endormir en moins de trente minutes hier soir ! Et pour la première fois, c’est le réveil qui m’a rappelé où j’étais. J’ai d’ailleurs eu un moment de flottement qui a duré quelques minutes. Le plus curieux est que j’étais moins bien réveillé que quand je dors peu. Heureusement que le soleil brille, je n’ai pas trop envie de sortir. 😉 Je suis content que la météo se soit plantée ! Au bar où je vais déjeuner, un monsieur me confirme qu’il va faire beau. Et ajoute qu’au Col du Grand St Bernard il y a de… la neige ! Je me dis que j’ai eu beaucoup de chance. A quelques jours près j’y avais droit.

Je prends le temps de bien apprécier mes deux cafés avec croissants, à défaut d’avoir des tartines. La patronne est très sympa dans son établissement bien entretenu et tout coloré. Idéal pour émerger en douceur.

Une fois prêt, je la salue et reprends la route de la veille en sens inverse. Pas de perte de temps ce matin : à peine ai-je parcouru cent mètres que je dois monter des marches très raides. Arrivé au sommet, devant l’église, j’enchaîne avec une petite route qui monte encore. Je la quitte pour un sentier qui, lui, grimpe méchamment sans que j’ai le temps de m’échauffer. Ce n’est pas grave, il fait beau, bon, et je suis en tee-shirt. Arrivé sur les hauteurs, je profite bien de la vue pour prendre quelques photos. Et remarque la couleur du ciel. Ce qui arrive ne ressemble pas à du beau temps ! Effectivement, moins de trente minutes plus tard, il pleut. Cette fois, j’anticipe bien avant en mettant toutes mes affaires à l’abri. Ayant démarré avec l’idée qu’il pleuvrait, je suis on ne peut plus prêt. Heureusement que je l’étais ! Excepté une accalmie d’un quart d’heure, il a plu sans arrêt pendant que je marchais. A ce moment-là j’ignorais que j’arriverai sous le soleil, et les applaudissements de la foule en délire… nan, ça c’est mon fantasme. 😉 En un quart d’heure je suis bien trempé. Mais ça ne me dérange pas. La folle journée de la veille m’a fait passer un cap. En effet, avant de m’endormir j’ai remarqué que j’avais beaucoup moins mal aux muscles des jambes. Et ce matin, j’ai de suite senti qu’elles réagissaient mieux. Du coup, cette pluie incessante est accueillie différemment puisque je suis en meilleure forme. Je continue d’avancer comme je le fais habituellement. Sauf que le ciel est tout gris, que la brume s’installe, et que je suis entièrement sous les eaux. Je ressens très vite comme un plaisir d’être trempé. Gamin, ça nous arrivait de nous laisser entièrement piégés par la pluie avec des copains. Ensuite, on allait jouer dans la boue… et on rentrait dégueulasses. Là, le point commun est que je me laisse volontairement bien tremper, pour pouvoir aller « plus loin ». Une fois tout mouillé, je ne peux pas l’être davantage. Et je sais par expérience que la pluie, quand elle est acceptée, peut nous emmener là où l’on s’y attend le moins

J’ai ainsi pu profiter de ma journée au maximum. Bien sûr, les insectes étaient absents, les balises aussi parfois ! Mais pour le reste, j’ai fait comme d’habitude : je me suis arrêté pour regarder et surtout écouter les rus, ruisseaux, rivières et autres torrents. J’ai aussi pris la peine de m’arrêter régulièrement pour regarder le ciel et les montagnes… quand la brume se faisait plus discrète. J’ai fait un détour pour monter voir une église sise en contrebas d’un château que l’atmosphère rendait mystérieux. Quelques secondes auparavant les cloches m’avaient sorti de l’embarras à un moment où j’hésitais entre deux directions. Quel beau détour ! Comme d’habitude, je m’arrête à chaque fontaine. J’y bois ou me mouille les lèvres. Je m’y rafraîchis les mains… alors que je suis déjà tout mouillé. Je me suis découvert ces petits gestes sur ce Chemin.

Je contemple aussi beaucoup la beauté de la vallée. Sous ces tons gris orageux, elle reste belle. Majestueuse. C’est une autre beauté qu’elle arbore. Les énormes nuages qui la traversent lui donnent une autre dimension. Tout cela ressemble à un immense tableau, avec une multitude de détails. Et pour ne pas faire tache, ne pas dépareiller, je me laisse inonder d’eau de pluie. Il arrive un moment où je sens que je fais partie de ce tableau. Là. Aujourd’hui. Maintenant. J’aime ça. Mon âme aime ça. Et contre toute attente, mon corps aussi aime ça !

J’enroule les kilomètres. Croise des gens sous abri qui me regardent perplexes. Je me rends compte que j’affiche un sourire béat… voire niais. Je me sens tellement bien !

Le temps passe doucement. Aujourd’hui les balises ne sont pas trop capricieuses, même si elles m’ont encore fait quelques frayeurs. C’est stressant de marcher dans ces conditions. Et sous cette pluie, je ne me vois pas progresser avec le topo-guide en main. D’autant plus que je déteste avoir les deux mains occupées en marchant. Sauf quand des arbres très généreux abaissent leurs branches pour m’offrir leurs fruits délicieux. Ce matin, j’ai droit à différentes variétés de pommes, et des prunes. Je me suis régalé… sous la pluie. 😉

Arrivé dans le petit village d’Oley, je vois deux marcheuses devant moi. A 100 mètres. Comme je marche mieux ce matin, je m’en rapproche. Mais je n’en ai pas envie, alors je me pose sur un banc abrité de la pluie par des balcons magnifiquement fleuris. Je fais une petite pause de dix minutes et repars. La rivière, gonflée par les pluies récentes gronde. Mon regard est alors attiré par deux canards qui survolent le cours d’eau avec une aisance surprenante. Une fois hors de mon champ de vision, je me dis « Au fait, ne serait-ce pas ici que je dois passer sur l’autre rive si je veux éviter un passage dangereux décrit dans le topo-guide ? ». Ne me souvenant plus du village en question, je décide de trouver un abri plus loin afin de regarder tout ça dans le détail. Revoilà les deux marcheuses. Elles retournent sur leurs pas. On se salue. L’une d’elles m’interpelle et m’informe… qu’on leur a conseillé de passer de l’autre côté de la rive. J’ai la réponse à ma question ! Finalement, refroidies par l’étape d’hier, où comme moi elles ont perdu les balises à Nus, elles décident de continuer par la route. J’en fais autant en leur laissant plusieurs minutes d’avance. Je veux être seul. Je pense qu’elles aussi souhaitent rester entre amies.

La pluie continue de tomber quand je commence ce qui va être un très long tronçon sur du béton. Mais comme je marche beaucoup plus vite que les jours précédents, j’ai le moral. Je sais que je vais y arriver. Et c’est ce qui se passe. Au-delà même de mes espérances puisque j’arrive sous le soleil ! Je me pose enfin à l’Auberge de jeunesse où le personnel est aux petits soins avec moi. On me lave mon linge qui me sera rendu sec et plié. Les chaussures détrempées me seront ramenées nettoyées et un peu humide, mais je n’en demandais pas tant. Le soir, c’est une vraie cuisine de famille qui vient couronner ce qui fut une magnifique journée de pluie. Si on m’avait dit qu’un jour j’aimerais à ce point marcher sous la pluie, je ne l’aurais pas cru.

En y repensant, dès ma première étape de Bourg St Pierre au Col du Grand St Bernard, j’ai été fasciné par l’eau. Une fascination récurrente. Aujourd’hui, je n’ai pas fait que marcher sous la pluie. Je me suis senti la pluie. Je me suis senti dans le Tout. Je ne regarderai plus les gouttes de pluie tomber comme avant…

A bientôt !

Mahdi du Camino

Publié dans Tous les articles | 7 commentaires

Baptême du feu… par l’eau !

Salut !

Aoste-Chatillon

 

A lire l’étape du topo-guide, ça devait être le baptême du feu aujourd’hui. Arrivé à Aoste très fatigué hier, je redoutais un peu cette étape. Pas tant par la longueur ou les commentaires du guide que par mon état physique général. Après seulement quatre jours de marche je ne suis pas encore en vitesse de croisière. Mes jambes, mes talons, les p!antes de pied, tout me fait trop mal. J’arrive à l’étape dans le même état tous les soirs. Hier soir, à Aoste donc, l’hôtel était situé à environ 1,5 km du centre-ville. Distance que j’ai refaite en soirée pour rien, le cyber café étant fermé. Bref, je me suis couché cassé, pensant vite m’endormir. J’ai pu entendre qu’un gros feu d’artifices était tiré. J’ai même regretté de ne pas être sorti puisque je n’arrivais pas à dormir. Je me souviens avoir regardé mon réveil à 3h24 ! J’ai du sombrer peu après. J’ai donc eu le temps de penser à la fameuse étape. J’avais même pensé me reposer une journée à Aoste que je n’ai pas eu le temps de visiter. Ça a avait l’air sympa.

Je me suis quand même levé comme prévu, j’ai déjeuné. Les patrons de l’hôtel, très serviables, m’ont laissé me servir de leur PC pour faire ce que je prévoyais de faire au cyber café. Et j’ai repris la route. Non sans les avoir bien remercié. Il était presque 9h.

Il fait beau. Il fait très bon. Tellement bon qu’en cinq minutes je suis en nage !  Le fait d’avoir peu dormi me donne très très chaud. Ou c’est l’andropause ! 😉 Le guide, mettant en garde contre le balisage italien, préconise un itinéraire différent. Je choisis de laisser leur chance aux balises. Après tout, les choses ont peut-être changées depuis la parution du guide. Très vite je vois que le balisage ne ressemble pas à ce que j’ai l’habitude de suivre. Mais je crois déceler une espèce de logique derrière cette fantaisie apparente. Je commence donc l’étape. Et me retrouve à flanc de montagne, au lieu d’être dans la vallée, avec le bruit de la circulation. Je suis content. Sauf que sur ce tracé, il n’y pas de boutique. Pas grave, on verra plus tard. Il fait de plus en plus beau. Je filme, photographie, tourne la tête dans tous les sens. Je ne veux rien rater ! Surtout pas ces montagnes qui maintenant veillent sur moi. Nus (ça se dit « Nousse ») est le petit bled où le topo-guide met en garde contre un balisage inexistant. J’en suis encore loin et profite de la promenade.

Je fais une bonne pause au  » Castello di Quart » (le château de cartes ? 😉 ). Le ciel se couvre touuut doucement. J’ai parcouru environ un quart de la distance. J’y vais tranquille. Avec les balises, on sympathise. J’évite les fourmis qui s’affairent. Les limaces et les escargots qui prennent leur temps. J’apprécie le vol de nombreux papillons de couleurs différentes. J’écoute les oiseaux et… un grillon me saluer. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes… sauf que tout va brusquement changer. Des hirondelles volent bas. Les fourmis sont rentrées. Les papillons sont beaucoup moins nombreux. Tout comme les balises !!! J’ai de plus en plus de mal à les trouver. Même la fameuse logique ne tient plus la route (c’est le cas de le dire !). Comme je dois monter et descendre pour vérifier, et que j’ai déjà très mal aux jambes, je commence à trouver ça moins drôle. Le ciel continue à changer de couleur. De gros nuages arrivent des sommets. J’arrive à Nus… et me rends compte que le topo-guide avait raison. Impossible de me situer. Je cherche et finis par être excédé. Le soleil a disparu. Le ciel est bien couvert. De rage, je descends dans la partie basse du village et demande comment passer sur l’autre rive. On m’explique par où passer. Je me tape deux kilomètres pour aller sur la départementale qui va à Châtillon. Au moins je sais où je vais. Car à suivre les balises je n’étais même plus en mesure de retomber sur l’itinéraire du guide. Du grand n’importe quoi, me dis-je. Carrément du foutage de gueule amateur !

On m’annonce 15 kms pour arriver à Châtillon. 15 bornes de béton. Pas bon pour mes pieds déjà bien souffrants. Tant pis, je n’ai pas le choix. Me voilà donc sur le versant de la montagne opposée. Je peux deviner où j’étais censé marcher. Il commence à pleuvoir. D’abord doucement. Un peu plus fort. Je m’arrête pour nous protéger mes affaires et moi. Et je repars. Pas agréable ces trottoirs pavés. Une horreur, en fait. Mais je m’en fous, je sais que je vais y arriver. Je me dis même que je vais y être bientôt.

Je rejoins la nationale principale. Ça grouille de monde, il n’y pas de place pour qu’un piéton circule. Les conducteurs sont surpris et donnent des coups de volant. Je n’ai pas d’autre choix que de continuer. Parfois, quand c’est une camionnette, je m’arrête carrément. Je ne suis pas tranquille. La pluie n’arrange rien. Enfin, je crois deviner une alternative. Un policier local me confirme que je peux récupérer le chemin (et ses fichues balises !) à 200 mètres. C’est bien le cas. Encore deux heures de marche. Je sais déjà qu’avec tous mes détours j’aurai largement dépasser les 30 kms prévus. Ce que je ne sais pas, c’est que ce n’est pas fini.

Il pleut toujours et assez abondamment. Le chemin monte méchamment. J’ai tellement mal que je ne peux plus plier mes jambes correctement. Du coup, on dirait que je marche avec des chaussures de ski ! 😉

Je suis les balises. Serein. Content d’être à nouveau sur les hauteurs, loin du vacarme routier. Quand tout à coup je ne vois de nouveau plus de balisage. J’ai bien l’impression d’être sur un sentier fréquente.. mais non. Plus j’avance, plus ça s’épaissit. La pluie s’accentue à ce moment-là. Je reviens sur mes pas. Rien. Je continue et finit par être complètement perdu. Visiblement, une ou deux personnes ont vécu la même chose que moi. Je marche à l’aveuglette dans des herbes hautes. Impossible de franchir certains murets de pierres. Mon sac est trop lourd, et je n’arrive plus à plier suffisamment les jambes. Ça va durer une bonne demi-heure, où j’enrage de me perdre si près de l’étapprie suis trempé. De la tête au pied. Mes affaires sont au sec, donc je ne me fais pas de souci. Après avoir bataillé comme un fou, manqué de tomber au moins dix fois, je réussis à escalader un de ces fameux murets. A peine franchi, je pose les pieds sur… le sentier que j’avais perdu. Une histoire de fou ! La prochaine balise m’annonce 1h25. Je m’en fiche ! A partir de Nus, je m’étais mis en mode « pas de limite ». C’est un truc pour ne pas relâcher l’effort tant que je ne suis pas arrivé à l’hébergement. Et c’est très efficace !

Je finirai la dernière demi-heure en adoptant un drôle de comportement. Étant trempé, je devrais être pressé d’arriver. Je le suis, mais je prends mon temps devant chaque balise réduisant l’écart qui me sépare de Châtillon. Maso, moi ? Non. C’est juste une façon de se contrôler. Ça aide les jours où les choix nous sont imposés.

Ce matin, j’ai prié devant une statue représentant Notre Dame des Victoires. Il faisait encore beau à ce moment-là. Eh bien, ma victoire je l’ai bien appréciée. A l’arrivée j’étais bien plus en forme qu’hier. Je suis même allé manger avant de me laver. Pour pouvoir m’occuper tranquillement du Blog.

Je suis parti vers 9h. J’ai eu accès à ma chambre peu après 19h. Je vous avais prévenu que la journée serait longue. Le baptême du feu a cédé la place à celui de l’eau.

Aujourd’hui, j’ai été initié et accepté par le Chemin. Je peux continuer. Et ce, quel que soit le temps.

Publié dans Tous les articles | 6 commentaires