Nouveau départ

Salut !

 

Nouvelles chaussures

 

« Si vous continuez à marcher avec ces chaussures, vous ne pourrez plus marcher du tout ! ».

Ma journée commence par cette phrase de la propriétaire de l’hôtel où je couche, à Pont St Martin. Je sais qu’elle n’a pas tort, hélas. Je décide donc de me rendre à Ivrea, comme prévu, mais en passant par la route. Le cas échéant je pourrai même marcher un peu avec mes tongs. Je prends donc congé de ma proprio très sympathique, qui a été la première à m’appliquer le tarif du guide. Ce que je ne manque pas de lui souligner. Et me revoilà en bord de route non aménagée pour les piétons. C’est reparti pour les flots de voitures, les conducteurs surpris de me voir, les coups de volant intempestifs, et les inconscients dépassant à grande vitesse malgré la ligne blanche continue. J’ai la pression et la peur de provoquer un accident malgré moi. Mais je n’ai pas le choix. Pas question d’aller crapahuter dans la montagne avec mes pieds aussi douloureux. Il faut que je tienne jusqu’à Ivrea, où on m’a assuré que je trouverai une boutique de sport. J’en ai pour une quinzaine de kilomètres de béton. J’avance tant bien que mal, m’arrêtant régulièrement, et longuement.

Après deux heures de souffrance, le miracle a lieu ! Un magasin de sport en bord de route ! Ivrea est encore loin, je suis aux anges ! Quand j’entre dans la boutique, je comprends de suite qu’il va être difficile de trouver un prix à deux chiffres avant la virgule. Pas question de mettre 150 euros dans des chaussures achetées dans ces conditions. La vendeuse occupée, j’en profite pour regarder. Ça fait mal niveau tarifs. Très mal. sSoudain mon regard est attiré par une affichette annonçant 50 % de réduction… voilà qui est intéressant. Un seul modèle pour homme est disponible. Il me plaît bien. Reste à voir la taille… et le prix. Là encore, coup de bol ! Il y a deux pointures et l’une me va. En plus, elles sont en Gore Tex (imperméabilisé). Les miennes ne l’étaient pas. La vendeuse fait ses calculs et m’annonce 79 euros. Yessss ! J’avais payé les miennes 70 euros (cher pour deux petites semaines d’existence ! 😉 ). Je repars avec mes nouvelles chaussures aux pieds. Jetant les anciennes avec un gros regret. Ce qui s’est passé me semble encore tellement bête.

A peine sortie, je me rends compte qu’en face de moi j’ai la dernière montagne. Je suis bientôt hors de la vallée. Cinq cents mètres plus loin je quitte la route pour retrouver le balisage… qui a changé. J’espère qu’il sera moins discret que l’ancien !

Retour sur La Via Francigena. Retour à la nature ! Les insectes, les fleurs, les cours d’eau. Je retrouve tout et surtout, le moral. Ça change tout. Bien sûr, j’ai encore mal aux pieds, mais je peux identifier ces douleurs. Je sais que ce sont les deux grosses ampoules qui « mûrissent ». Très vite je reprends un bon rythme et parviens à l’entrée d’Ivrea en trois heures. Après m’être régalé de nature. C’est justement à l’entrée de la ville qu’un monsieur m’accoste. Il est membre de l’association de « La Via Francigena » d’Ivrea. On discute, il me donne des infos et me souhaite bonne route. Ce qui était drôle c’est qu’il transpirait énormément et s’essuyait régulièrement le front. Des gouttes de sueur échappaient à son attention et s’écrasaient sur le plan qu’il me montrait. Il faisait très chaud. Moi, en pleine marche, chargée comme une bourrique, j’avais le front presque sec. 😉

Le monsieur m’a orienté vers le club de canöe qui possède un dortoir. Mais j’ai besoin d’être seul, et opte pour les Salésiens. Ce fut la croix et la bannière pour contacter le gardien, mais j’y suis arrivé. La persévérance valait la peine en entrant dans ma chambre.

Pour la première fois depuis mon départ, je suis allé boire un coup avant de chercher où dormier. Et pour la première fois aussi, je suis ressorti (en tongs) pour me promener en ville. La soiréee est douce, je suis sur un banc de la place principale et je… vous offre cet article. 😉

Je rends hommage à mes anciennes chaussures que j’appréciais vraiment. Elles m’ont bien rendu service. Bienvenue aux nouvelles, qui je l’espère, m’amèneront à destination. Nouvelles chaussures, nouvelles balises, nouveau départ !

A bientôt !

Mahdi du Camino

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12 réponses à Nouveau départ

  1. Est ce que ce sont les chaussures de sept lieues ! elles sont lumineuses et parfaites pour un nouveau départ. Bon chemin avec

  2. Nicole dit :

    Bravo Mahdi, tu es un de mes idoles après Maurice naturellement!! Je te suis et je t’envie devant tous ces beaux paysages!!! Je te donne un gros bec!!!!

  3. Karolina dit :

    great color for shoes. every wolf runs away in fear :o)

  4. Maryse Filion dit :

    Je suis accro à tes récits … Je t’aime tout court !

    Je parle à plusieurs de ton chemin inspirant, de ta force et de ta belle âme

  5. Mitou dit :

    Avec des chaussures pareilles tu vas faire sensation en arrivant à Assise. Comment vont tes « petons » ? je conseille toujours aux futurs marcheurs de ne pas partir avec des chaussures neuves, en ce qui te concerne j’espère me tromper.

    Bon chemin et continues de nous abreuver de tes récits tu écris vraiment trop bien.

    Mitou

    • Merci, Mitou ! Pour les chaussures, tu penses bien que je le sais qu’il ne faut pas partir avec des neuves. Mais là, je n’avais pas le choix.
      Cela dit, ça fait 8 ans que je marche avec des Columbia (parfaites pour les pieds larges ! 😉 ), et je n’ai jamais eu le moundre souci. Celles que j’ai dû jeter avaient été achetées une semaine avant le départ. En 2006, j’ai acheté une paire 15 jours avant de partir 3 mous pour Seuil. Elles sont géniales pour moi !

  6. Il sont bien, tes textes, tes photos et tes aventures ! Ainsi tu vas à Assise et tu prends la Francigena. Ce n’est pas ce que je compte faire, je rêve de la Voie d’Assise par la Chartreuse, la chaîne de Belledonne et la Maurienne, surtout parce que ces montagnes, c’est le pays de mon père. Et je me retrouve te lisant comme je lisais Martine la Pèlerine avant mon premier Camino. Combien d’heures ai-je passées en rêvant avec elle ! Alors je te suis, à partir de l’Italie ce sera sans doute les mêmes régions encore que… Bel exploit en tout cas de te raconter chaque jour… Ultreia !

    • Merci, Jean-Feançois. A l’époque, j’avais envie de quelque chose que je ne connaissais pas. D’où cette espèce de « mix » de plusieurs voies. Dont la Ghibellina, qui se mettait à peine en place.

      Narrer mon périple au quotidien fut un vrai défi. Ça me prenait parfois plusieurs heures… après une longue journée de marche. Mais je rêvais de le faire depuis des années. Donc la motivation ne manquait pas.

      C’est marrant, 2 ans plus tard, je me dis encore « Comment j’ai pu faire ceci ou cela ». Comme la nuit au cimetière, par exemple. J’étais vraiment à fond dans mon truc.

      La route que tu décris doit être superbe. Vivement que tu puisses la partager avec nous. 🙂

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